Extrait de l’émission La libraire de l’Éco présentée par Emmanuel Lechypre, sur BFM Business. Diffusion le 30/08/2019. Invité : Ofer Attali, président de la plateforme d’innovation AYNO. Durée 5 minutes 22.

Ofer, vous êtes entrepreneur, fondateur de AYNO, spécialiste de l’innovation collaborative et vous publiez « Innovation, du mythe à la réalité. », éditions 1min30. On a l’impression que le mot innovation, toutes les entreprises l’utilisent et le mettent à toutes les sauces.

J’aimerais vous demander, c’est quoi une entreprise vraiment innovante ?

Ce qu’est une entreprise innovante, c’est une vraie question. Selon moi et si je devais résumer d’une manière très simple, c’est une entreprise qui accepte de se remettre en question même quand ça va bien.

Une startup c’est dans son ADN, c’est comme ça qu’elle se construit donc elle est forcément innovante. Elle n’a pas d’autres choix et l’innovation c’est un point essentiel.

La grosse boîte, elle fonctionne, elle a un marché et elle a un business mais elle a besoin de conserver ce business. C’est là où l’entreprise est confrontée à une sorte de dilemme, qui est de conserver un existant en espérant que ça va tenir le plus longtemps possible ou bien de se remettre en question et rentrer dans des processus d’innovation pour préparer le coup d’après.

Le problème c’est qu’une fois qu’on a décidé d’innover, on fait comment ? Vous dîtes, dans votre livre, que l’innovation ça ne demande ni responsabilité, ni diplôme, ni talent… et en plus vous distinguez un nombre très important de formes d’innovations différentes : l’innovation incrémentale, l’innovation de rupture, l’innovation adjacente par exemple qu’est-ce que c’est ?

L’innovation adjacente, c’est réussir à partir d’un produit ou un service existant, à développer un produit ou une offre innovante qui serait connectée ou en liaison avec un produit ou un service. C’est une sorte d’up selling d’un produit et une forme d’innovation qui permet d’augmenter son volume d’affaires.

Sauf que quand on se lance dans l’innovation, on ne décrète pas que l’on va faire de l’innovation incrémentale, l’innovation de rupture, l’innovation adjacente…, alors concrètement comment ça se passe ? Comment on industrialise le processus d’innovation ?

On ne le décrète pas mais on fait quand même des choix. C’est-à-dire que décider d’aller à la recherche d’une innovation de rupture, ce n’est pas du tout la même démarche que de faire de l’innovation incrémentale ou de l’amélioration continue. L’innovation de rupture, dans la construction du programme d’innovation, c’est la décision de chercher quelque chose qui va vraiment être en rupture avec l’existant, donc qui va nécessairement tout remettre en cause.

Tout le monde n’est pas prêt à faire ça, les entreprises ne sont pas forcément capables de dire en prenant l’exemple de Kodak : on va arrêter l’argentique, on va mettre en place une innovation de rupture et on va se lancer dans le numérique. Ils n’ont pas été capables de le faire. Ce n’était peut-être pas non plus le bon moment pour le faire à l’époque mais il y avait un choix qui était de chercher de l’innovation à travers l’amélioration de l’existant plutôt que de casser un marché pour en inventer un autre. Ça ne se décrète pas mais ça se décide. On met en place un programme qui va à la recherche d’un ou plusieurs types d’innovation, en sachant ce que l’on veut trouver.

C’est quoi le principal frein à l’innovation ? Est-ce que c’est la peur de se tromper ?

En France, un des freins importants à l’innovation c’est le rapport à l’échec. Aujourd’hui, dans la majorité des entreprises, un échec est perçu comme étant quelque chose de négatif, alors que dans le monde anglo-saxon, c’est plutôt perçu comme l’occasion d’apprendre.

C’est surtout une opportunité pour recommencer en ne faisant pas les mêmes erreurs, et en essayant d’améliorer la démarche.

Quel rôle joue l’intelligence artificielle aujourd’hui dans les processus d’innovation ? Est-ce que ça rend l’innovation plus facile, ou au contraire il y a des pièges ?

Le piège de l’intelligence artificielle d’une manière générale, c’est de penser qu’elle va être capable de remplacer ce que l’intelligence humaine est capable de faire. L’intelligence artificielle est très loin d’atteindre les capacités intellectuelles et les capacités de réflexion d’un être humain.

Les modèles et la construction de l’intelligence artificielle ne sont même pas calqués sur le schéma de pensée du cerveau car de toute façon nous ne l’avons pas encore bien compris.

Ce que l’intelligence artificielle peut faire, c’est aider ! C’est de l’assistance décisionnelle, car ça permet de raccourcir les cycles, de prendre des décisions avec plus de certitudes et surtout avec plus de vélocité. Probablement aussi, ça permet d’éviter un certain nombre d’erreurs que l’on aurait faites si on avait besoin d’explorer beaucoup de voies que l’intelligence artificielle permet d’écarter.

Je termine avec une citation géniale que vous avez dans votre livre : « Innover ce n’est pas avoir une nouvelle idée, mais c’est arrêter d’avoir une vieille idée ».

Pour moi, c’est vraiment ça une entreprise innovante. C’est une entreprise qui est capable d’arrêter de se dire que ses précédents schémas sont toujours les bons. Il faut arrêter de penser comme on le faisait avant et se dire qu’il faut essayer d’avoir des idées moins mauvaises que l’on avait par le passé.

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